Mémoire vive de la Baronnie des Angles

Un club informel Mémoire vive de Bourréac et de Lézignan s'est créé le dimanche 11 juillet 2010 à Lézignan dans le cadre d'une rencontre de seniors de Bourréac et de Lézignan, ou natifs d'un de  ces villages et résidant ailleurs, dans le but de rassembler et de commenter des photographies marquantes de nos villages, autrefois, et d'évènements qui s'y sont déroulés.
Etaient présents, de Bourréac, (avec mention de la maison d'origine) : Noël Vergez (Torte), André Azens (Pouzadé), Claude Palisse (Arbaous), Madeleine et René Lacrampe (Arcos), Henri Abadie (Arcos), Aafke et Roland Darré (Borie), Fernande et Joseph Sanguinet-Arboucau (Cyprien) ; de Lézignan : Marie Bellocq (Camps), Marie Barrère (Paouillou), Michèle Dulout (Haure), Laurent Laborde (Haure).
Cette réunion a été conçue comme le point de départ d'une action qui devrait pouvoir être étendue à tous les villages de notre communauté notamment via son réseau associatif (ABA) et aussi par le relais d'initiatives individuelles.
Cette rencontre dominicale a permis aux participants de découvrir et d'admirer les locaux de la médiathèque et de l'EPI, lieux  d'autres échanges à venir. Ils ont aussi revu de près ce qui fut, dans le passé, la vieille et noble maison Abbadia qui fut achetée pour être l'ancien presbytère de la paroisse de Lézignan-Bourréac et qui est aujourd'hui le centre scolaire communautaire de Lézignan, en admirant, au passage, les plantations dans les bacs de jardin servant au projet scolaire.

On apprécia vivement et on commenta longuement les documents photographiques apportés par Marie Bellocq et par Laurent Laborde. Retrouvez les dans les paragraphes qui leur sont dédiés à la fin de cette rubrique, ainsi que dans le site web de Bourréac à la rubrique Mémoire vive  D'autres séries sont à venir grâce aux photos que vous communiquerez, n'hésitez pas ! (téléphonez au 0611382113).

Témoignage : La vie dans les fermes de nos villages au milieu du 20ème siècle


Le texte qui suit nous a été transmis par Henri Abadie, natif de Bourréac, en ço d'Arcos. C'est un témoignage de sociologie rurale, très prenant,  sur ce qu'était encore le monde paysan des années 1940 et 1950, dans sa réalité crue,  juste avant qu'il ne disparaisse en tant que tel, et ne devienne la matière d'un livre célèbre,  La fin des paysans, publié en 1966 par le père de la sociologie rurale française, Henri Mendras. Dans ce monde qu'évoque Henri Abadie son ressenti de jeune paysan d'alors est émouvant. Ce monde paysan n'avait rien de commun avec les agriculteurs chefs d'entreprise que nous connaissons aujourd'hui, en si petit nombre et intégrés à l'économie de marché, ce ne sont plus des paysans au sens originel du terme. Vers la fin de sa vie, le sociologue Mendras s'interrogeait sur l'objet de sa recherche dans nos pays développés, pour mieux affirmer la domination croissante des problématiques des villes et de leurs banlieues. C'est aussi un parallèle de même nature entre certains aspects de la société paysanne d'autrefois et de notre société urbaine d'aujourd'hui qu'Henri Abadie nous livre dans son récit : une mise en question peut-être dérangeante mais fondamentalement utile.
Cliquez pour agrandir l'imageDès leur plus jeune âge, les enfants de la campagne  participaient aux travaux de la ferme. Ils gardaient les animaux dans les pâturages pendant de longues heures, tous les jours. C'était avant l'ère de la clôture électrique…  Tout petits  nous commencions par les oies, puis, les cochons, les moutons et les vaches.
Les travaux des champs, se faisaient avec des animaux de trait, des vaches le plus souvent, et notre travail, très jeunes, consistait à conduire ces  attelages (daouantier en patois).  On se mettait devant pour les guider, et ceci, parfois, pendant des journées entières par tous les temps : pluie, froid ou soleil de plomb.
C'était un travail très pénible, dans les champs labourés,  avec de mauvaises chaussures dont les semelles qui étaient en bois  nous blessaient en permanence les chevilles.
Nous n'aimions pas beaucoup cela, nous y souffrions, mais nous n'avions pas le choix. 
A  l'époque des fenaisons et des moissons, les travaux devaient se faire aux heures les plus ensoleillées de la journée sous une chaleur étouffante et dans la poussière. Tout se faisait entièrement à la main avec des outils rudimentaires.
A l'automne, c'était la récolte des haricots (ils étaient semés dans les champs de maïs dont les tiges servaient de tuteur). Les feuilles sèches du maïs nous irritaient les bras et le cou, c'était très désagréable.
Puis venaient la récolte des pommes de terre et celle des châtaignes qui pouvait durer plusieurs semaines.
Seulement l'hiver, quand il faisait froid et que les travaux des champs n'étaient pas possibles, nous avions un peu de répit.

Certaines personnes  qui n'ont jamais vécu à la campagne et travaillé dans ces conditions ont encore la nostalgie de cette époque. Un petit stage avec la même pénibilité et le même manque de confort les amènerait peut-être à avoir une  vision plus réaliste des choses.

Nous ne sortions pratiquement jamais, seulement pour aller au catéchisme le jeudi et le dimanche à Lézignan, jusqu'à la communion solennelle à 12 ans.
Par la suite, nous ne quittions pratiquement plus notre petit village.
Nous n'avions pas de radio, pas de télévision bien sûr, pas de journaux. Nous vivions en autarcie, et ne connaissions que ce qui se passait sur place, et seulement, ce que l'on voulait bien nous laisser entendre. (A l'époque, on affirmait encore aux enfants, que les garçons naissaient dans les choux, et les filles dans les roses ). Cela paraît ridicule actuellement, mais à défaut d'avoir d'autres informations, nous le croyions plus ou moins quand nous étions très jeunes, et plus tard, chacun inventait son histoire…..

Nous étions ignorants de tout, notre culture était plus que réduite, pratiquement inexistante. Nous souffrions d'une énorme inculture.
Dans le cocon de notre petit village, nous étions en phase avec notre entourage, car tout le monde avait les mêmes connaissances ou, plutôt les mêmes lacunes et nous n'avions pas de difficultés importantes pour nous exprimer entre nous, avec notre langage et essentiellement sur notre  vie de tous les jours.
Mais quand nous sortions de notre milieu habituel, nous étions comme les poissons sortis de leur bocal ; nous étions perdus. Nous n'avions rien à dire, car nous n'étions au courant de rien.
Nous étions admiratifs et en même temps effrayés par les personnes qui avaient des connaissances, de la culture (mot que je ne connaissais pas à l'époque) ou, qui nous en mettaient plein la vue, car nous n'avions pas les éléments nécessaires pour faire le discernement, et, ceci a été à l'origine  et la cause de complexes qui m'ont habité et handicapé une grande partie de mon existence.
Dans les situations un peu difficiles, j'ai toujours eu ce sentiment d'infériorité culturelle qui resurgissait, et  créait des angoisses qui me faisaient perdre une partie de mes moyens.
Pendant longtemps, j'étais paralysé, seulement à l'idée d'avoir à prononcer quelques mots en public, même, si je savais que ce que j'avais à dire était pertinent.
Que de mutismes dus à ces angoisses ! …. Que d'occasions de conversations et de débats perdus ! …

Il faut dire qu'à l'époque, il régnait une espèce de racisme social et catégoriel, une hiérarchie en rapport avec les moyens et le confort de vie des différentes populations. Les habitants des villes même de condition modeste se croyaient pour la majorité, supérieurs à ceux de la campagne, qui par leurs conditions de vie, le peu de moyens, et la pénibilité de leur travail avaient une apparence physique et vestimentaire plus dégradante.
Au sein des petits villages on retrouvait le même phénomène. Il y avait les fermiers les plus importants, les moyens, les petits, les métayers, les chefs de famille, les cadets, les cadettes (nom que l'on donnait aux membres de la fratrie qui n'étaient pas les héritiers appelés à gérer la succession patrimoniale, qui restaient célibataires et dont leurs conditions de vie se rapprochaient parfois plus de celle des domestiques que des chefs de  famille).  Soit ils étaient résignés et dociles et ils avaient surtout le droit et le devoir de travailler, sans trop se mêler des problèmes de gestion et d'orientation de l'exploitation, soit ils avaient un caractère plus affirmé et dominant, cherchant à rivaliser avec les patrons de la ferme, et ceci créait alors des situations pas toujours faciles à vivre. Ils avaient des conditions d'une vie rude et pauvre, qu'ils n'avaient pas choisie, mais la situation était telle qu'ils n'avaient pas d'autres possibilités. Ils ne pouvaient pas être chômeurs, les indemnités de chômage n'existaient pas, pas plus que le R.M.I.  Ils étaient désargentés, car en dehors de très rares exceptions, ils n'avaient pas de salaire, et le strict nécessaire à la survie, comme la nourriture et l'habillement leur étaient fourni par la famille.

Il y avait aussi " les bâtards " et les filles-mères qui faisaient l'objet de peu de considération et souvent même de rejet, comme s'ils étaient responsables de leur situation, comme s'ils n'avaient pas le droit d'exister en tant que membres à part entière de la société et des familles qui les excluaient.
Enfin la catégorie la plus défavorisée : Les domestiques ou ouvriers agricoles.

Tous les jugements de valeur qui créaient ce climat dominant et parfois méprisant de chaque catégorie que je viens d'énumérer sur celle ou celles qui leurs paraissaient " inférieurs " étaient basés non sur la valeur et sur l'humanité des personnes, mais sur les apparences, sur le confort, sur la ressemblance identitaire et l'argent.
Certes ce n'était pas une règle générale, il y avait dans toutes les couches de la société des gens admirables, dévoués et honnêtes, qui savaient faire la différence entre les qualités de cœur et les apparences, les accidents de la vie et les comportements pervers etc.… Leur attitude bien plus humaine était basée sur des valeurs plus respectables.

Dans ce contexte de vie rude ou aucune aide ni protection sociale n' était envisageable, ( Pas de sécurité sociale, pas d'allocations d'aucune sorte, pas de retraites) les gens s'organisaient entre-eux.
Il y existait une véritable institution de voisinage dans laquelle chaque foyer se retrouvait dans un petit groupe de voisins bien précis, avec des règles  et des devoirs d'entraide mutuelle et de soutien, surtout dans les moments difficiles. Tout le groupe partageait les peines et les épreuves d'un de ses membres, mais aussi les joies, ils participaient à tous les évènements heureux de chaque famille.

Si j'ai voulu mettre en évidence les mentalités et les difficultés de l'époque, c'est pour deux raisons :
  • la première, c'est que  pendant ma jeunesse et mon adolescence dans un milieu assez défavorisé, j'en ai souffert.
  • la deuxième, c'est que plus de soixante ans après, je pense que les choses n'ont pas tellement changé. Bien sûr, il ne s'agit plus des mêmes couches sociales, les gens des villes n'ont plus d'ascendant sur les gens des champs, mais envers les personnes en grande difficulté, celles dont l'identité ne ressemble pas à la nôtre, celles dont le désarroi peut nous gêner dans notre quiétude. Ceux qui sont isolés loin de leur famille, loin de leur pays, ceux qui auraient besoin d'un peu de fraternité, d'une main tendue, d'un regard bienveillant, sont encore trop  souvent  l'objet d'indifférence, de plaisanteries dégradantes de mauvais goût, de phrases assassines  lancées à tout vent et finalement de rejet.

Ces comportements ne peuvent se justifier que par l'hypertrophie de " l'ego " des auteurs (égoïsme - égocentrisme - absence de règles élémentaires d'humanité et pour ceux qui prétendent être croyants et pratiquants, je pense sincèrement qu'ils sont à côté de la plaque)
Les jugements des êtres humains se font encore trop souvent sur les " carapaces ", sur les apparences, sur les difficultés à être, à exister aux yeux de leurs semblables, sur des généralités ethniques, raciales, religieuses et peut-être, avant tout, sur la richesse ou la précarité. 
Un émir milliardaire et même sanguinaire, n'est pas jugé sur ses origines, sa religion  ou ses actes condamnables. On lui déroule hypocritement le tapis rouge sans états d'âme, espérant seulement récupérer quelques miettes de son superflu…
Ses compatriotes  désargentés, cherchant seulement à pouvoir travailler pour vivre ou survivre le plus honnêtement possible  seront trop souvent mis à l'écart, ignorés, méprisés, traités de " sales bougnouls " et abandonnés dans leur marasme.
Tout ce qui paraît négatif à leur sujet est mis en avant pour se donner bonne conscience. Certains s'imaginent même, que de ne pas s'abaisser à regarder la personne en détresse au fond de son cœur, au fond de son âme, avec son cœur et avec son âme, les autorise à prétendre à un  statut dominant et de supériorité.   
Sans être un émigré, mais ayant vécu et parfois subi ces comportements, je connais, les souffrances et les ravages qu'ils génèrent et j'ai beaucoup de mal à leur trouver une justification.

Tout ce qui précède est le récit d'un vécu et d'une analyse personnelle d'une situation où tous mes contemporains ne se retrouveront pas forcément mais le climat des fermes de campagne à l'époque, comparé aux conditions de vie actuelle ne les laissera pas indifférents.


                                                                                                Henri ABADIE 
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Témoignage : La période de la guerre

Retrouvez l'autre témoignage d'Henri Abadie , La période de la guerre  sur le site web de Bourréac en cliquant sur La période de la guerre.

                          Collections de photographies

Comices agricoles à Lézignan en 1941

Ces comices furent organisées officiellement pour réunir une aide alimentaire à faire parvenir aux prisonniers de guerre en Allemagne.
Le  regard sur ces photos doit évidemment tenir compte du contexte lourd, très particulier de cette époque, difficile à vivre pour nombre de ceux qui y ont participé. Une brève présentation fait suite à chaque photo.

Fêtes religieuses dans la paroisse de Lézignan-Bourréac

La Fête-Dieu, en mai, revêtait une grande solennité, avec la réalisation d'autels fleuris en plein air devant les croix de village, la procession du Saint-Sacrement...
Les missions, organisées périodiquement dans les paroisses,  avaient pour but de raviver la foi des chrétiens d'alors par des manifestations solennelles et le concours d'un prédicateur venu de l'extérieur. Elles ont été organisées jusque vers le début des années 1950. Certaines ont été marquées par l'érection d'une croix mémorielle de la mission comme celle de Piole.

Attelage en Pays de Lourdes, par Jean Dieuzaide

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Reproduction d'une oeuvre magnifique  du grand photographe Jean Dieuzaide, années 1950.
On peut la ressentir comme la marche allègre et décidée vers un monde nouveau qui verra la fin de la vache Lourdaise  et l'avènement de l'agriculture moderne.

François Sarthe dit François de Passet (Lézignan)

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Photographie prise à Bourréac vers 1968 devant en ço de Borie

Habit et société paysanne

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Avant la messe, en ço de Borie, à Bourréac, en 1940.
Marie de Sendac (métayère), Maryse Darré et ses grands parents Amèdée et Virginie Ladebèze.

La période de la guerre

Retrouvez un texte d'Henri Abadie sur la période de la guerre sur www.bourreac.com. Cliquez sur la photo :

Rencontre du samedi 07 août 2010, après la messe de 19h à Lézignan

Le samedi 07 août, après la messe de 19h, à Lézignan, les fidèles amenés par le père Gaétan et rejoints par le père Gaby ont été accueillis dans les locaux de la Mediathèque et de l'EPI. Au cours de l'apéritif offert par la CCBA, ils ont eu droit à un historique de la maison noble Abbadia, à la présentation sur ordinateur des photographies apportées lors de la réunion du 11 juillet et à l'invitation à s'associer au travail de mémoire. De très jeunes participants, de passage à Lézignan ou vacanciers, ont été particulièrement intéressés par l'histoire passée du village associée à celle de leur famille ou de leur maison et au fait de pouvoir la retrouver sur Internet. Vous pouvez retrouver le compte-rendu de presse via le lien ci-après :